La dépression postnatale est un enjeu de santé publique majeur, puisque qu’elle concerne de 10 à 18% des femmes.

De nombreuses études ont fait le lien entre dépression et allaitement maternel, mais peu d’entre elles font référence aux modalités du sevrage de l’allaitement.

L’objectif de la présente étude est donc de déterminer si la précocité et la durée du sevrage influencent le risque de dépression postnatale.

Pour cela, l’étude a été faite sur 93 femmes primipares ayant sevré leur enfant depuis moins d’un mois, et avons mesuré l’intensité de leur symptomatologie dépressive post-partum à l’aide de l’EPDS (Edinburgh Postnatal Depression Scale).

Les résultats des analyses de régression montrent :

  • que plus la durée du sevrage augmente et plus le score de dépression diminue
  • plus le sevrage est tardif et plus le score de dépression diminue.

La dépression postnatale peut apparaître entre quatre semaines et un an après l’accouchement et durer plusieurs mois. Ses conséquences peuvent être importantes, et affecter non seulement la relation mère enfant, mais aussi le développement psychologique, émotionnel et cognitif de ce dernier.

Elle peut se manifester par un sentiment de découragement, des pleurs constants, des céphalées, une perte de confiance en soi, la peur d’être une mauvaise mère, des préoccupations excessives au sujet du bébé, de l’anxiété, ou une fatigue intense. Malgré tous ces signes d’alertes qui sont aujourd’hui bien connus, la dépression post-partum reste difficile à diagnostiquer, particulièrement en raison du fait que dans notre société, la venue d’un enfant est considérée comme un événement heureux.

En évoquant leur tristesse, les femmes risqueraient donc d’être vues comme de mauvaises mères. Face à cette difficulté, la meilleure des préventions reste donc la prévention primaire, basée sur l’identification précoce des facteurs de vulnérabilité pendant la grossesse et le post-partum immédiat.

Ainsi, plusieurs facteurs de risques biologiques, psychologiques et sociaux ont, à ce jour, été identifiés. Il s’agit par exemple :

  • d’antécédents de dépression avant ou pendant la grossesse,
  • de la présence d’anxiété pendant la grossesse,
  • de la survenue d’événements de vie stressants pendant la grossesse ou dans le post-partum,
  • d’un faible niveau de soutien social,
  • de modifications hormonales,
  • de difficultés obstétricales,
  • de difficultés familiales,
  • ou encore du jeune âge de la mère.

Pour faciliter le dépistage de ces femmes à risque de développer une dépression post-partum, les professionnels de santé ont à leur disposition plusieurs outils, parmi lesquels l’EPDS permet d’évaluer l’intensité de la symptomatologie dépressive du post-partum.
En ce qui concerne l’effet de l’allaitement maternel sur le risque de dépression postnatale, certaines études ont montré une corrélation inverse entre la durée de l’allaitement maternel et la prévalence de la dépression post-partum.

Un allaitement maternel exclusif et prolongé, constituerait donc un facteur de protection vis-à-vis de la dépression postnatale. Cela va dans le sens des recommandations de l’organisation mondiale de la santé (OMS), qui préconise un allaitement maternel exclusif de 6 mois, afin de maximiser les effets bénéfiques de l’allaitement sur la santé de la mère et de l’enfant.

En effet :

  • chez l’enfant, l’allaitement maternel est corrélé avec une réduction du taux d’allergies et d’infections grâce au passage des anticorps maternels dans le lait.
  • Chez la mère, il permet notamment de réduire son risque de développer un cancer du sein, de perdre du poids plus rapidement dans les 6 mois post-partum, et d’avoir un effet bénéfique sur la dépression postnatale.

Malgré tous ces bénéfices aujourd’hui reconnus, les pratiques d’allaitement en France sont encore loin de ces objectifs. En 2012, 59% des nouveau-nés étaient alimentés exclusivement au sein lors du séjour à la maternité, mais seulement 10,5% l’étaient encore à 6 mois.
Ces chiffres sont assez préoccupants, si l’on prend en considération l’étude de Ip et al. (2009), qui a mis en évidence le fait qu’un arrêt précoce de l’allaitement était associé à un risque de dépression postnatale.

Ainsi, si nous essayons de développer ce constat, nous pouvons nous demander dans quelle mesure l’arrêt précoce de l’allaitement favorise-t-il la survenue d’une dépression postnatale ? Quels sont les facteurs en jeu ? Est-ce la précocité du sevrage elle même qui induit le risque de dépression, ou la rapidité avec laquelle le sevrage est pratiqué joue-t-elle également un rôle ?
En effet, étant donné que l’allaitement, via la sécrétion d’ocytocine, a la capacité de réduire la réaction de stress par une diminution des sécrétions de cortisol, nous pouvons nous interroger sur l’effet de la vitesse du sevrage sur le psychisme des mères.
Une étude a d’ailleurs mis en évidence une corrélation inverse entre les taux d’ocytocine et la gravité de l’anxiété chez des patients atteints d’une dépression sévère.

Ainsi, nous pouvons supposer qu’une femme qui allaite son enfant à la demande, soit une dizaine de fois par jour environ, sera habituée à recevoir quotidiennement une certaine quantité d’ocytocine.

  • Si elle arrête l’allaitement brutalement, nous pouvons donc envisager qu’elle pourrait avoir plus de difficultés à gérer son anxiété, puisque l’ocytocine ne sera plus là pour limiter la production de cortisol.
  • En revanche, si le sevrage se fait progressivement, l’adaptation à la diminution de la sécrétion l’ocytocine se fera peut-être avec moins de difficultés de gestion de l’anxiété.

Nous pouvons ainsi imaginer qu’un sevrage qui se fait du jour au lendemain n’aura pas les mêmes conséquences psychologiques, qu’un sevrage qui se fait progressivement, sur plusieurs semaines. Nous supposons donc que les modalités du sevrage, à savoir sa précocité et sa rapidité, ont une influence sur le risque de dépression postpartum.
Tout cela nous amène donc à formuler nos deux hypothèses :

  • Plus le début du sevrage sera tardif, plus le score de dépression postnatale des mères
    sera faible.
  • Plus la durée du sevrage sera longue, plus le score de dépression postnatale des mères
    sera faible.

L’objectif de la présente étude était donc d’identifier si les modalités du sevrage, à savoir sa précocité et sa durée, influencent ou non le risque de développer une dépression postnatale.

Les résultats de l’étude, bien que n’étant pas généralisables, montrent une influence des modalités du sevrage sur le risque de dépression postnatale. Il apparaît que la durée du sevrage de l’allaitement maternel exclusif, joue un rôle modéré dans la survenue d’une dépression post-partum, et que la précocité du sevrage y joue un rôle faible. Un sevrage plutôt long et tardif semble donc être un facteur de protection modéré vis-à-vis de la dépression post-partum.
Suite à ces résultats, nous pensons qu’il serait intéressant que les professionnels de la périnatalité et du soutien à l’allaitement améliorent la prévention primaire sur ce sujet, en Modalités du sevrage et risque de dépression post-partum informant d’avantage les mères de l’influence des modalités du sevrage de l’allaitement sur leur santé psychique. A ce propos, des recommandations officielles existent concernant la durée de l’allaitement (au moins six mois pour l’OMS), mais nous avons remarqué qu’il n’en existe pas pour la durée du sevrage.

Ainsi, les professionnels de santé conseillent généralement aux mères de sevrer leur enfant sur deux à trois semaines, mais ils centrent essentiellement leur discours sur la prévention des engorgements mammaires ou sur le temps nécessaire à l’enfant pour accepter de s’alimenter autrement. Or, nous pensons qu’il serait également pertinent de sensibiliser les mères aux conséquences psychiques d’un sevrage trop précoce ou trop brutal. Cela pourrait d’une part prévenir ces sevrages à risque de favoriser une dépression postnatale; et d’autre part, cela pourrait aider les mères à oser parler de leurs difficultés, et améliorerait ainsi la qualité de leur prise en charge.

Enfin, suite aux différentes limites évoquées précédemment, des études plus approfondies et auprès d’un échantillon plus important semblent nécessaires, afin d’avoir une meilleure compréhension du rôle des variables étudiées dans l’émergence des symptômes dépressifs survenant suite au sevrage de l’allaitement maternel exclusif.

BB Letché remercie Hanna CHENE pour nous avoir partagé son mémoire ainsi que toutes les « mamans BB Letché » qui ont accepté de participer à cette étude.

Vous trouverez ICI le mémoire complet avec toute l’étude détaillée.

Nous vous conseillons d’en parler avec des professionnels de santé et ainsi vous faire accompagner pour que votre allaitement se passe dans les meilleurs conditions possibles.